Invité de Face à la presse, l’émission d’ETV, avec France-Antilles et Nouvelles Semaine, Olivier Serva, député et conseiller régional, détaille son action à l’Assemblée nationale et en Guadeloupe.

LE PROBLÈME DE L’EAU
« Je suis sceptique sur ce qui se passe actuellement. Je ne veux pas qu’on dise que c’est une posture politicienne contre M. Jalton, président de Cap Excellence. Aujourd’hui, tout le monde prend acte de la signature d’un accord entre tous les présidents des collectivités. Josette Borel-Lincertin a entrepris, avec courage, d’investir dans l’eau 18 à 20 millions d’euros. Quand on demande aux techniciens l’impact de ces investissements depuis trois ans, ils vous répondent : moins de 1%. Au final, c’est du bricolage. L’État, les comités d’usagers, les uns et les autres l’ont dit. Pour résoudre cette problématique de l’eau, il faut retenir qu’il y a la production, la distribution, et le transport de l’eau de Belle-Eau-Cadeau à Saint-François, 800 à 900 millions d’euros. Là, quand on voit une communauté d’agglomération qui met 300000 euros sur la table, c’est ridicule! La Région, le Département, les Communautés d’agglomération doivent mettre des fonds. Et puis il faudra un emprunt. Mais les banques veulent un seul interlocuteur. Sans structure unique pour réparer les réseaux d’eau, il n’y aura pas de financement possible. »
FIN DE L’INDIVISION SUCCESSORALE
« Cette loi a été votée à l’unanimité. Une initiative de ce qu’on appelle une niche parlementaire des groupes de l’opposition, de la Nouvelle gauche, par le collègue Serge Letchimy de Martinique. Il connaît bien les problématiques d’Outre-mer. Dans la majorité présidentielle à laquelle j’appartiens, nous avons oeuvré pour enrayer les blocages qu’il y avait à la chancellerie, au ministère de la Justice et au ministère des Outre-mer sur des craintes constitutionnelles quant à la possibilité de faciliter rapidement le partage des terres indivisées avec les co-indiviseurs. Quand il y aura 51% des héritiers d’accord pour partager ou pour vendre, cela se fera. Après, il faut que le texte passe au Sénat. Dès qu’il s’agit de l’Outre-mer, le Sénat vote les lois. Et puis, de toutes les façons, c’est l’Assemblée qui a le dernier mot. »
LES DÉCRETS D’APPLICATION PLUS RAPIDEMENT SIGNÉS
« Quand des lois sont votées, notamment pour l’Outre-mer, les décrets d’application mettent du temps à être signés… ou ne le sont jamais. Nous préparons une loi, avec La République en marche, mon parti, pour que 95% des lois voient des décrets d’application dans les trois mois suivant leur vote. Pour qu’on n’ait pas d’accumulation de lois sans efficacité. »
LE DOSSIER DES PRISONS ENCOMBRÉES
« C’est toujours le temps de l’impulsion politique et de sa traduction sur le terrain. Avec les autres parlementaires de l’Outremer, nous travaillons sur ce sujet. Nous avons obtenu de la garde des Sceaux 300 millions d’euros. Et des places de prison, l’extension de celle de Baie-Mahault, la construction d’une nouvelle prison à Basse-Terre. En attendant, les gardiens de prison souffrent. Pour eux, il y a de vrais risques. Les doléances d’aujourd’hui sont celles d’il y a un certain temps. Il manque du personnel, or, il y a des gardiens de prison qui sont dans l’Hexagone et qui souhaitent revenir en Guadeloupe… »
LES PRIORITÉS À LA RÉGION
« Je suis très content de travailler avec mes collègues conseillers régionaux, le président Chalus, bien sûr, le cabinet qui tient une grande place dans nos travaux. Qu’avons-nous fait jusqu’à présent ? Nous avons réduit les délais d’instruction des dossiers d’aides aux entreprises. Quatre mois au lieu de dix-huit mois auparavant, avec deux réunions de la commission économique et deux commissions permanentes. Nous avons revu les dispositifs pour accélérer les possibilités de subventions pour les très petites entreprises qui n’ont pas besoin de plus de 10000 euros. Pour les entreprises de taille moyenne, nous allons faire en sorte que les fonds européens soient plus vite distribués. Il y a un gros travail de constitution de dossiers. Le taux de consommation des fonds européens est chez nous de 35%, alors que la moyenne européenne est de 30%. Enfin, nous avons investi le champ de l’économie sociale et solidaire. Le tissu associatif est aujourd’hui un employeur très important. Nous sommes compétents dans ce domaine et nous aiderons les associations. Par exemple, nous avons créé un garage solidaire à Morne-à-l’Eau. »
LES RISQUES CLIMATIQUES
« Nous sommes un territoire insulaire. Avec la fonte des glaciers, d’ici 20 ans, 15% de la surface de Pointe-à-Pitre sera sous les eaux. Il en est de même pour toutes les communes côtières. Quand on voit comment Trump est sorti de la Cop 21, que la Chine est réticente… Il faut être assidu sur ce dossier. C’est important. Le tri sélectif, en matière de protection de l’environnement, est primordial. Malheureusement, nous sommes en retard alors qu’en Martinique, à La Réunion, ça fonctionne bien. Il y a un travail d’éducation à faire. »
LES EMPLOIS AIDÉS
« À ma connaissance, aucune association qui avait des contrats en renouvellement, n’a de souci. J’y veille personnellement. »
LES SUBVENTIONS AUX ENTREPRISES
« Nous avons augmenté les budgets. Quand nous sommes arrivés, pour les aides régionales à l’investissement à l’emploi, pour les très petites entreprises, nous avions cinq millions. Nous sommes passés à 15 millions dans le budget. Sur le Fonds d’investissement régional, pour les entreprises plus importantes, qui ont besoin d’un fonds de roulement pour faire venir du stock de l’Hexagone, avec des fonds immobilisés, nous sommes passés de 5 à 15 millions aussi. Ça fonctionne bien! »
LE FONDS RÉGIONAL DE GARANTIE
« Les banques nous embêtent. Elles ne s’intéressent pas aux entreprises qui commencent leur activité car le taux de casse, de sinistralité des entreprises est, Outre-mer, trois fois plus important que dans l’Hexagone. Nous, avec la Banque d’investissement, nous avons créé le prêt croissance TPE. Un chef d’entreprise doit arriver avec 10 à 20% d’apport. Sinon, cela ne nous intéresse pas. S’il vient avec 20% de l’apport initial, nous mettons, à la Région, 40%. Ce qui lui fait 60%. Les 40% supplémentaires, ce sont les banques. Comme elles sont frileuses, nous apportons notre garantie régionale. Nous faisons un travail extraordinaire avec Initiative Guadeloupe, qui accorde des prêts d’honneur situés entre 5000 et 15000 euros pour permettre au chef d’entreprise d’avoir un apport personnel. Mais pas question que les banques utilisent ce fonds de garantie pour se sur-garantir afin de financer des projets qu’elles devraient de toute façon financer. Notre fonds est dédié à 50% à des entreprises en création. »
LES COLLECTIVITÉS SURENDETTÉES
« Aujourd’hui, les communes sont en situation difficile, de dépôt de bilan si elles étaient des entreprises privées. La masse salariale plombe les finances. Les entreprises servent de banque, cela ne peut pas durer. Il faut maîtriser les frais de fonctionnement. Les banques ne jouent pas le jeu, les collectivités ne paient pas… Les entreprises sont prises à la gorge. »