La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale a décidé mercredi de rédiger un rapport ou « grand livre » sur les discriminations à l’encontre des populations ultramarines.

La délégation, qui a auditionné Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), a décidé d’établir « un grand livre », qui regroupera notamment les discriminations raciales et les discriminations LGBT (lesbiennes, gaies, bi et trans).

Le président de la délégation, le député de Guadeloupe Olivier Serva (LREM), avait dans un premier temps proposé un rapport « pour faire la lumière sur la situation des personnes LGBT outre-mer« . Lui, à qui il avait été reproché d’anciens propos homophobes qu’il a depuis regrettés, a rencontré lundi différentes personnalités engagées contre les discriminations des LGBT.

« Drame »

Mais le député de Martinique Serge Letchimy (Nouvelle gauche) a demandé « un rapport plus large sur tous les problèmes de discrimination ». « La France a fait un pas« , a dit le député, en saluant « pour la première fois une telle diversité des députés à l’Assemblée nationale », mais « a-t-elle pris conscience du drame que nous vivons ? » a-t-il demandé.

La députée MoDem du Val-de-Marne Maud Petit a souligné qu’il faudrait également s’intéresser aux « attaques xénophobes envers des personnes d’autres territoires« , comme les Haïtiens ou ceux originaires de l’île de Sainte-Lucie aux Antilles. D’autres ont évoqué les Mahorais à la Réunion, ou les Comoriens à Mayotte.

« La parole est encore tabou »

Interrogé sur le nombre d’actes de discriminations recensés en Outre-mer, Frédéric Potier a souligné qu’il était « très faible ». « La parole est encore tabou, les personnes n’osent pas porter plainte« , a-t-il expliqué, regrettant « un volet statistique beaucoup trop faible« . Il a insisté sur la nécessité d’améliorer l’accueil des victimes, et de « faire émerger davantage d’actions sur le terrain« . La Dilcrah a financé des lignes d’écoutes pour les victimes de LGBT-phobie, à La Réunion et en Guyane, a-t-il expliqué.

Pour la députée (LREM) de Mayotte Ramlati Ali, « il faut faire ce rapport sur les LGBT, même si ça va être très difficile, parce que c’est tabou« . Mais dans une île où « tout le monde connaît tout le monde« , « les gens LGBT sont très seuls et très malmenés. Il faut qu’on ait les moyens de les aider »